Sortie aux Iles du Frioul, Octobre 2009, version longue

Le port du Frioul
Le port du Frioul
















Les Pharillons et l'île Maïre
Les Pharillons et l'île Maïre

le Chaouen
Le Chaouen




l’île du Planier
L’île du Planier

A quoi reconnaît-on un vrai club de plongée ? A la solidarité et à la bonne humeur qui ne se démentent pas lorsque la loi des séries vous tombe dessus.

Pour cette sortie à Marseille aux Iles du Frioul, nous étions une vingtaine, toutes lignes d’eau confondues, débutants, plongeurs confirmés, impatients de prendre le train… ou presque ! Arrivés avec une heure d’avance, Serge, Odile, Josette et Fabienne, encalminés au Train Bleu à siroter un petit blanc, ne voyaient pas l’heure passée. Il fallut que Fabienne sonne le tocsin pour que le duo s’ébroue vers le quai, Josette restant à Paris.

L’apéro à peine entamé, Serge ayant fini cul sec son verre de blanc, trois heures de voyage en perspective… autant poursuivre dans le train les réjouissances avec les compères du compartiment ! Les membres de GPA 13 étant extrêmement prévoyants, chacun avait garni sa stab de bouteilles (rhum, martini, téquila et consort) sans oublier le saucisson, les bretzels et les cacahuètes. On ne le dira jamais assez, la plongée ça creuse et ça assoiffe, alors autant parer à une éventuelle pénurie alimentaire, à un siège, à une vague de froid givrant, bref à tout ce qui pourrait nous empêcher de nous réunir autour d’une dive bouteille sur cette île perdue au presque fin fond de la méditerranée.

Arrivés à Marseille,Yannick nous embarque sur son bateau vers le Frioul. La cité phocéenne brillant de mille feux s’éloigne dans la nuit alors que surgit, majestueux, le château d’If, près duquel se déroule une pêche au lamparo. Le Frioul nous accueille avec un concerto de cris de goélands. L’air est doux pour cette fin du mois d’octobre, les parfums du sud s’entremêlent à ceux de la Grande Bleue et bercent la répartition des appartements qui se fait après moults tergiversations. Chacun trouve son home sweet home et ses compagnons de chambrée et sombre enfin dans un sommeil réparateur.

Jeudi

8h15 : Tout le monde se retrouve sur le pont du « Cabanon », le restaurant qui nous tiendra lieu de cantine, de phare nourricier. Yannick qui devait nous accompagner sur son Ange des Mers s’envole vers Marseille, victime de l’injonction d’un corps épuisé. Vincent le remplace au pied levé. La première plongée aura lieu l’après midi. Changement de capitaine et de bateau. Nous récupérons les bouteilles, les poids et en route pour le site de Tiboulen de Frioul. Pas de paysage spectaculaire, mais chacun prend ses marques. Etienne peine à descendre pourtant encouragé par une Luce attentionnée, Fabienne idem dépendante d’oreilles capricieuses, mais Serge veille, aux petits soins. Dis-moi ce que tu as fait dans ta vie et je te dirais comment tu plonges. Nonobstant la nuée de petites bulles entourant Serge, pour cause de détendeur fuyeur, Fabienne découvre, esbaudie, l’art de la plonge du barbu câlinou. Piquets, vrilles, loopings, remontées, il virevolte allègrement tel un lutin des mers farceur. Mais pour ces deux-là, la plongée la plus mémorable reste à venir. Odile M. quant à elle teste la plongée avec un détendeur n’ayant plus les petites protubérances que l’on tient entre ses dents. A la plonge comme à la plonge, ce n’est pas ce léger détail qui va lui gâcher sa plongée. Jonglant avec ses deux mains, elle batifole avec Odile B. à trente mètre avec allégresse. Elle empruntera le lendemain un détendeur rose bonbon à Vincent seyant parfaitement à son teint et à sa blondeur. Ce n’est pas parce que l’on est sous l’eau que l’on ne peut être coquette !
Les plus sérieux ont commencé les plongées techniques. Philippe en palanquée avec Daniel, Charles et Carine doit les guider. Daniel part d’un côté, Charles d’un autre et Carine s’éloigne de son côté. Philippe palme en tout sens pour récupérer sa troupe, et reconstituer une palanquée digne de ce nom. Mais la préparation du niveau 4 étant bien présente, le groupe se désagrège à nouveau mettant à l’épreuve le guide. Carine simule la panne d’air, Charles la narcose et Daniel rejoint une palanquée qui n’est pas la sienne. Philippe reste zen mais sa bouteille beaucoup moins ! Lorsqu’il pense à regarder son manomètre, il a déjà largement entamé sa réserve et c’est avec l’octopus de Carine qu’il émergera à la surface, offrant à cette dernière une réelle presque panne d’air !

Retour au port après avoir testé le déshabillage dans une température à 18 degrés et s’être sustenté de fraises Tagada, doux plaisir de l’après-plongée du lutin farceur.

Tout le monde se rue vers la douche avant de se retrouver pour l’apéro. Le tit punch circule, les discussions vont bon train et Thierry, notre directeur de plongée en profite pour nous annoncer la composition des palanquées du lendemain. Nous retrouvons le Cabanon. Scindé en deux tables, le groupe s’est divisé au hasard en une table sérieuse et une table bambocheuse et bruyante, regroupant en son sein les trois Odiles dont la plus in-fa-ti-gable peut enfin engager une joute verbale avec une rivale digne de son éloquence, Carine. A grand renfort de gestes, Carine mime l’exercice de la panne d’air d’Odile, tranche de la main sur la gorge. Elle éclate de rire en narrant la réponse d’Odile, mains tournées vers elle, puis index et pouce formant un cercle « moi ? tout va bien !! » La table explose de rire, Chantal prend la relève en racontant les désaccords avec Yves sous l’eau, s’exprimant par de grands gestes incompréhensibles lorsque l’on ne possède pas le petit guide de la langue des signes adapté à l’autre. Serge, béat d’admiration pour une telle femme de caractère, l’enlace sous l’œil de son fidèle binôme de plongée, qui ne bronche pas d’un iota, et sous les flashs crépitants, les deux s’échangent un vrai baiser de cinéma hollywoodien de plongée des années cinquante. Après le dessert la table hilare se calme ramenant le volume sonore à une norme toute à fait adéquate pour une heure tardive. On en profite pour suggérer à Odile M. un détendeur comme cadeau de Noêl, frères, amis… à vos cartes gold ! Chantal sort rejoindre sur la terrasse Akim et Charles. Carine joue les paparazzis et mitraille la belle allongée sur les deux plus vraiment jouvenceaux. Fabienne prend place entre le blond et le brun et cède sa place à Chantal en s’installant sur les genoux d’Akim. Armando se sentant totalement délaissé s’assied sur ceux de la belle blonde. Yves qui commence à en avoir assez de voir sa binôme papillonner de bras en bras se rue sur le groupe aussitôt rejoint par Serge, Montecristo aux lèvres. Akim étouffe, Chantal est écrasée sous le poids de son fan club, la pièce montée vacille.

Vendredi

Nous levons l’ancre dans la matinée pour rejoindre la Pointe de Caramassaigne. Le soleil est au rendez-vous. Marseille est au loin et la Méditerranée égrène son chapelet d’îles blanches aux calanques ourlées d’écume. Courageusement nous enfilons nos combinaisons humides et froides qui ont passé la nuit à fond de cale, le site approchant. Le bateau se stabilise près d’une roche tombant à pic dans la belle bleue. Le briefing et sur la sécurité à bord et sur le parcours sous-marin est fait d’une voix de stentor par Vincent. Les palanquées sautent à l’eau et disparaissent auréolées de bulles les unes après les autres. L’eau est claire et le tombant magnifique. Recouvert de Gorgones mauves qui sous l’effet des lampes braquées sur elles deviennent vermillons, il laisse apparaître à sa base un chaos de roches entre lesquelles jouent à cache-cache des bandes de saupes et quelques serans écriture. L’une d’entre elles accélère brusquement et en poursuit une autre, rompant la sérénité des lieux. Plus haut les écailles argentées de bancs de sardines étincellent sous les rayons du soleil. Une murène se recroqueville dans son trou, apeurée par l’apparition de prédateurs étrangement palmés.

De retour sur la nef, léger changement au rituel de la distribution de douceurs, les crocodiles acidulés se sont substitués aux fraises. Le paquet circule de main en main, accueilli par des sourires de grands enfants encore sous le charme de l’aquarium grandeur nature qu’ils viennent de quitter. L’ancre fait des siennes et retarde le départ. Coincée sous un rocher, elle refuse de se dégager. Serge et Philippe reprennent leur stab et plongent afin de dégager la récalcitrante. Après un bon quart d’heure, ils réapparaissent et nous pouvons rejoindre le prochain spot. Philippe en héros des mers arbore un bras griffé et sanguinolent, mais garde le sourire.

Sur une mer d’huile qu’un soleil radieux pare d’éclats lumineux, le pique nique s’organise et rassasie les plus affamés. Les Moyades de terre nous appellent et les palanquées s’enfoncent avec bonheur dans le bleu à pertes de vue. Toutes les palanquées, sauf une, ont opté pour la grotte tapissée de corail. Par petits groupes, la cavité est explorée. Les lampes mettent en valeur l’orangé d’un corail subtil et fragile. Luce, palmant doucement et lentement sur le dos, doigts entremêlés sur la poitrine, s’extasie de ces merveilles, et tente de gagner le plus de secondes possible afin de contempler encore et encore ce muqarna marin.

Partis dans la direction opposée, Serge et Fabienne louvoient au-dessus de fonds offrant peu d’intérêt excepté une rivière argentée serpentant sur les amas rocheux. Vaste plaine, morne plaine d’un gris sombre, Serge s’ennuie. Ancien pilote voltigeur, il décide de revenir à ces anciennes amours en amorçant soudainement une remontée (une ressource dans la langue des airs) suivie d’un piquet auquel succède une vrille à l’horizontal. Il se cabre, caracole, veut émerveiller Fabienne de loopings enchaînés, il vire à droite puis à gauche et en poirier lui jette un coup d’œil histoire de vérifier si elle a bien suivi. Elle a suivi! Sans loopings ni vrilles et en limitant les piquets et les remontées à cause de ses satanées oreilles, elle colle au plus près au ballet nautique de son guide espiègle. Elle finit par s’arrimer à lui et bras dessus, bras dessous, ils palment de concert. Une petite murène droite comme un I tente de croquer le doigt joueur de Serge. Les fonds se ressemblent, tellement que… coup d’œil à gauche, coups d’œil à droite, pirouette à 360 degrés, Serge hausse les épaules et écarte les mains, perdu !! Vient alors la démonstration de la technique de la tortue : il s’agit de remonter et de ne laisser affleurer que les yeux au-dessus de l’eau pour repérer le bateau, puis, mine de rien, de redescendre et de nager dans la bonne direction. Allons-y allons-o. La journée tire à sa fin. Le ciel se décline en rouge et orange. Le silence s’installe sur le bateau, chacun plongé dans le spectacle du soleil couchant.

Samedi

La roue de la fortune des palanquées a tourné. Nous retrouvons l’Ange des Mers de Yannick avec un capitaine made in Massilia fraîchement débarqué de la navette quotidienne. Dix plongeurs inconnus se sont joints à nous, ainsi que Juliette arrivée pour le week-end. La plongée de la matinée se fera à la pointe de Marlet. François et Etienne plongent avec Armando. En étudiants studieux du Niveau 2 ils ont opté pour la technique. Chacun à tour de rôle fera avec Armando une remontée assistée.
Un poulpe rampe de trois tentacules et s’immobilise, un peu trop sujet d’attention à son goût. Un peu plus loin, c’est un rouget ondulant sur le sable en tenue de camouflage jaune qui attire le regard. Des barbillons blancs apparaissent et disparaissent au fil de ses découvertes gustatives. Un autre poulpe se repose sur une branche morte. Son support saisit, il recule furieux, tend ses tentacules, se colle à un rocher, montre un ventre blanc, et spasmodiquement propulse vers l’intruse deux valvules orangée. Tel un kaléidoscope, il change de couleurs, pas content du tout d’être dérangé en pleine sieste. Un peu plus loin trois petits Doris Dalmatien. Leur blancheur nacrée parsemée de tâches chocolat détonne sur la roche sombre. Une flabelline, petit dragon des mers d’un mauve presque fluorescent est délicatement posé sur une saillie.

Etienne, sans vraiment comprendre les humeurs de sa stab, la gonfle sans cesse qu’il monte ou qu’il descende et tente de rester au même niveau que François et Armando. Sa purge rapide fuit mais ce n’est qu’à la surface, en entendant le sifflement de l’air qu’il comprendra ce qui a donné à sa plongée un côté athlétique. Gérant et sa stab et la technique de la remontée, il arrive à bout de souffle à la surface. François dans son zèle de bien faire empoigne Armando et fait valdinguer son masque, mais le remonte vaille que vaille.

Les deux Odiles (M. et B.) en palanquée gagnante que l’on ne change pas, déambulent avec grâce à vingt mètres. Odile M., cheveux aux vents des courants s’échappant de sa cagoule, adresse un petit signe de la main aux palanquées croisées. Si ses deux là papotent allègrement à la surface, leur communication devient nettement plus aléatoire dans les profondeurs pélagiques. Odile B. aperçoit une murène et le signifie à sa binôme avec le signe universel des plongeurs, pouce et index mobile se rejoignant. Odile M. surprise montre alors sa jauge. Non, murène droit devant ! Elle inspecte sa stab, sort sa lampe, non, vérifie qu’elle a toujours son octopus, non, son couteau à sa cheville, non non non, mu-rèèèèèène. Odile B. insiste, frôle l’entorse de l’index et du pouce et finit par entraîner sa compagne vers la gueule béante et patibulaire du poisson. A la surface, Caroline fait une triste mine, elle pleure la plongée exploratoire qu’elle n’a pu avoir pour cause d’entraînement aux remontées assistées !

L’annonce du site de plongée de l’après-midi est accueillie par des manifestations de contentement bruyant : l’île du Planier. L’île est en fait un îlot sur lequel est érigé un phare. A son abord gît l’épave du Chaouen. Ancrer le bateau de Vincent sans l’échouer sur les rochers est une gageure à laquelle s’atèle Yves avec le sérieux d’un vrai capitaine au long cours. Les palanquées plongent et découvrent une eau trouble. La visibilité est limitée. Tout le monde se suit. A quinze mètres, fantomatique, apparaît un mur de métal gigantesque. Nous descendons le long de son flan. Des gorgones jaunes ainsi que des algues se sont développées sur la coque la parsemant d’aspérités et de mousse douce au toucher. Les pales de l’hélice gisant sur un banc de sable se dressent sous un suaire blanchâtre, vestige massif d’une force vaincue par un milieu indomptable. Nous la contournons et surgissent alors, dans une vision dantesque, le pont, les cabines et le mat. Un spirographe se balance doucement juchée sur le mat et des saupes déambulent, indifférentes à la curiosité des plongeurs. Epave superbe, bien conservée pour certains, cimetière marin pour d’autres, le Chaouen ne laisse personne indifférent. Akim suivi de Juliette entre dans une salle située en contrebas. Au fond se trouvent quelques ouvertures plus restreintes. Curieux il passe la tête pour jeter un coup d’œil de l’autre côté, s’attardant. Juliette croyant qu’il ne peut se dégager, soucieuse de ne pas perdre son guide de palanquée se précipite pour l’en sortir, tirant sur les tuyauteries de la bouteille. Bien sûr, la narration de Juliette de l’épisode au cours du repas du soir subira quelques variations, que les admiratrices d’Akim adapteront selon leur bon vouloir, suscitant ainsi l’intervention de Chantal pour préserver l’hidalgo des fougues féminines !

Les palanquées de retour à bord, Yves reprend la barre et se heurte à nouveau à un écueil de taille. L’ancre résiste, le bateau se rapproche de celui de plongeurs en apnée et est à deux doigts de le heurter. Quelques-uns commentent, tentent de guider Yves, qui ulcéré rugit qu’on le laisse faire. La nef reprend sa trajectoire dans un silence de monastère. Le soleil plonge vers la mer dans un chatoiement de mauve bleuté. Nous rentrons au crépuscule.

Arrivée au port, une nouvelle déconvenue nous attend. La place qui nous était réservée pour accoster près de la remise abritant le matériel est occupée. Nous nous accostons beaucoup plus loin et devant changer de bateau le lendemain, chacun porte sur plusieurs mètres, qui semblent des kilomètres au vue de la charge, sa bouteille afin que Vincent la remplisse dès potron-minet. Si les plongeurs de Valence râlent, ceux de GPA 13 entament leur chemin de croix, compréhensifs des aléas et des improvisations que le malaise de Yannick a occasionné.
L’apéro ce soir-là largement mérité, fêtera le niveau 2 de Rodolphe qui aura droit au défilé, pour lui tout seul, de toutes les femmes présentes afin de le gratifier du baiser du vainqueur des exercices perfides de la théorie et de la pratique !

Dimanche

Vague à l’âme. Dimanche… ce jour marque pour les plongeurs du GPA 13 le dernier jour au Frioul.

Nous embarquons pour le site des Pharillons. Carine est en palanquée avec Arnaud. Il doit jouer le rôle d’un niveau 2 et Carine celui de l’encadrante. Farceur, Arnaud jette sa stab à l’eau afin de s’équiper dans l’eau ce qui occasionne un fou rire de la belle. Facétieux, Arnaud multiplie les gaffes mettant à l’épreuve le calme de sa guide. Il disparaît pour réapparaître soudainement devant elle, cabriolant tel un dauphin aux cheveux longs sous ses yeux, désobéissant à ses injonctions, la narguant et tentant de la déstabiliser. Elle s’adapte et parvient à le discipliner.

Juliette plonge avec Armando. Tous deux furètent sur l’épave du Liban à plus de trente mètres. Plongée idéale pour Juliette, marquant un retour aux sources, puisque c’est un site qu’elle connaît déjà. Tous deux entament la remontée. A vingt mètres les oreilles de Juliette font des siennes. Une douleur intolérable l’empêche d’aller plus haut. Elle patiente et tente de gagner quelques mètres. La douleur la fige sur place. Elle nage à l’horizontale tentant de remonter doucement. La douleur est toujours là. Sa jauge annonce 80 bars. Armando reste à ses côtés tentant de la rassurer. Thierry apparaît, demande si la palanquée a besoin d’aide. Armando gère le problème. En zigzaguant, Juliette, malgré la souffrance, conquiert quelques mètres. Elle monte, descend, essaie d’apprivoiser ce mal qui la laisse impuissante. Une peur panique commence à la submerger, celle de ne pouvoir regagner la surface. Accaparer par ses oreilles, elle en oublie de demander la jauge de son binôme. Armando est sur la réserve. Après de très longues minutes qui semblent une éternité, la surface apparaît mais à trois mètres, la douleur est insoutenable. Les larmes coulent sous le masque de la plongeuse. Armando quant à lui a épuisé ce qui lui restait d’air dans sa bouteille. Sa stab est gonflée, il met en bouche le conduit lui offrant l’air salvateur. Epuisée, à bout de nerf et bientôt d’air, Juliette malgré la douleur qui lui vrille les tympans, brave les quelques mètres lui permettant d’émerger. Armando apparaît à bout de souffle accompagnée de Juliette telle une rescapée des profondeurs. Pour Juliette il n’y aura plus de plongées pendant plusieurs semaines, ses oreilles entrant en convalescence. Elle se consolera l’après-midi en allant à Marseille admirer une exposition de photos sous-marines.

Les plongeurs ayant opté pour les arches situées à quelques encablures, et ignorant ce qui se passe près du Liban, se réjouissent du spectacle. Un portique minéral monumental d’une architecture immémoriale ouvre sur un tombant, où les rayons du soleil tracent des sillons lumineux emprisonnant des bandes de saupes. Le miroitement argenté des sardines donne l’illusion d’un ballet féerique de lucioles scintillantes. Les gorgones mauves recouvrant les versants abrupts tendent leurs ramifications vers le large. Une ravine tapissée d’anémones apparaît au détour de blocs rocheux que peuplent des peyssonnelias. Les uns après les autres les plongeurs se faufilent dans le couloir, happés par le chatoiement de ces petites fleurs marines de couleur jaune bouton d’or au cœur safran dont la profusion masque la roche. Un passage puis deux et débouchant sur le grand bleu, Akim et Fabienne croisent Serge en palanquée avec Marie-Hélène. Serge accapare Fabienne pour lui claquer une bise mouillée, provoquant un froncement de sourcil de la part d’Akim appréciant moyennement l’éclatement de sa propre palanquée. Marie-Hélène boude de se voir délaissée quelques secondes mais reçoit elle aussi un baiser du barbu câlinou, lot de consolation de sa fugace infidélité !
Le dernier déjeuner est gargantuesque. Le Cabanon nous offre une paella colorée disposée en circonvolution sur une immense poêle dont la vue enchante nos rétines avant de réjouir nos papilles. Ceux qui veulent profiter des plongées jusqu’au bout embarquent l’après-midi sur un bateau quasi désert, les autres préférant préparer leurs bagages et profiter des dernières chaleurs d’un été indien méditerranéen avant de rejoindre un climat parisien nettement moins clément.

Le dernier site est celui du Grand Salaman, paradis des biologistes pour la diversité sous-, marine de la Grande Bleue. Les palanquées se recomposent et disparaissent pour 35 minutes top chrono. Une rascasse alanguie sur son rocher ne bouge pas d’un pouce devant le défilé des plongeurs, qui bien que tentant de gagner quelques minutes doivent remonter, les bouteilles encore pleines à moitié. La course commence dès le pied posé sur le quai pour en une demi- heure prendre sa douche, faire ses sacs et ordonner les appartements. En temps et en heure tout le monde est à bord et les Iles du Frioul s’éloignent à l’horizon, laissant place à une nostalgie que la promesse d’autres sorties estompe peu à peu.


Texte de Fabienne et photographies de François (sous marines) et Fabienne.

Organisation

GO et DP : Thierry.
Assistants : Akim, Armando, Arnaud, Caroline, Charles, Luce, Serge.
Nouveau niveau 2 : Rodolphe.
Plongeurs : 20 pour la semaine plus 1 pour le "week end".
Subvention du club : ~ 0 €.